mercredi 22 août 2012

Racines

« Les matériaux de l'urbanisme sont le soleil, l'espace, les arbres, l'acier et le ciment armé, dans cet ordre et dans cette hiérarchie. » 
Le Corbusier

De retour d'un séjour sur les lieux de mon enfance, je rapporte dans mes bagages ces quelques photos de la maison où souffle l'esprit de mes grand-parents. Voilà une demeure dont les codes esthétiques ont traversé les décennies sans prendre une ride.


Déconnectée des critères architecturaux de la région qui est plus à l'aise avec les bastides qu'avec les préceptes du Bauhaus et du mouvement moderne, elle assume discrètement sa singularité, cachant sa façade résolument contemporaine dans une vallée verdoyante.

Elle raconte l'histoire d'un jeune couple qui fuit l'Allemagne en 1933 et veut faire table rase de son passé bourgeois pour s'inventer une nouvelle vie dans cette région de France sauvage.

Avec son décor minimal aux lignes géométriques pures, aux matériaux simples et bruts comme l'acier, le béton ou le verre, la maison se veut sans artifice. La beauté architecturale découle de la fonction et de la trace de la main de l'homme comme aimait me  le répéter ma grand-mère. "form follows function". 

La nature est partie prenante de l'architecture. A l'intérieur ne sont admis que les sculptures, les tableaux en "objet decorum", les livres et la musique.

Au-delà de cette austérité apparente, la maison de Gerhart et Ida est une leçon de vie pleine d'humanisme d'un couple qui a rejeté toutes les règles conventionnelles pour mener une existence libre. 

Elle est aujourd'hui habitée par ma tante qui en perpétue l'esprit et reste le paradis de ses petites filles Rebecca et Nina.




Mon oncle Denis a réalisé cette grille rouge d'après un dessin de mon grand-père.










Les sculptures sont de mon oncle Thomas ...


... et les peintures de mon grand-père Gerhart. 


Autoportrait de Gerhart.



La bibliothèque dans la pièce à vivre conserve les livres en allemand, anglais, hébreu et français depuis plusieurs générations.




Quelques tableaux dans la maison peints par mon grand-père, Gerhart, entre 1926 et 1932.

mardi 7 août 2012

Visite chez Katia et Jean-Marc


"La maison abrite la rêverie...sans elle, l'homme serait un être dispersé...Elle maintient l'homme à travers les orages du ciel et les orages de la vie"

Gaston Bachelard


 Ah, la demeure de Katia et Jean-Marc est comme une poésie... Comment concilier toutes les aspirations de la maîtresse de maison ? Son goût pour l'humble et le pauvre, égratigné par une petite pointe de "décadence" qui l'attire vers le décoratif ?  Son goût pour le contemporain ultra épuré mais aussi pour le charme du meuble ancien si chargé en émotion ? Katia vacille éternellement entre deux rives impossibles à franchir. Arte Povera ou Baroque,  Senlis ou Londres, petit ou grand... Tant d'indécision qui prend sa source dans une quête de perfection. Cela donne un magnifique blog littéraire qui s'appelle bien sûr "J'attends..." et un refuge qui regorge de petits trésors disposés ça et là, comme un cérémonial mystérieux par la prêtresse des lieux. Voici un aperçu d'un "cosmos" secret et protégé qui se mérite.























Katia m'a offert par son blog le jour de mon anniversaire ce magnifique texte de Gaston Bachelard sur  la maison "notre coin du monde " :



Pour un éclairage phénoménologique sur sa rêverie de l'espace, quelques extraits du texte de Gaston Bachelard , La poétique de l'espace. Un livre à prendre comme livre de chevet , à lire et à rêver dans le silence, la lenteur et la solitude d'un espace clos, d'un nid, d'une coquille.

Pour une étude phénoménologique des valeurs de l’espace intérieur, la maison est, de toute évidence, un être privilégié, à condition, bien entendu, de prendre la maison à la fois dans son unité et sa complexité, en essayant d’en intégrer toutes les valeurs particulières dans une valeur fondamentale. ... A travers le souvenir de toutes les maisons où nous avons trouvé abri, par delà toutes les maisons que nous avons rêvé habiter, peut-on dégager une essence intime et concrète qui soit une justification de la valeur singulière de toutes nos images d’intimité protégée ?
Car la maison est notre coin du monde. Elle est— on l’a souvent dit— notre premier univers. Elle est vraiment un cosmos. Un cosmos dans toute l’acception du terme. Vue intimement, la plus humble demeure n’est-elle pas belle ? … Dès lors tous les abris, tous les refuges, toutes les chambres ont des valeurs d’onirisme consonantes.  … Les vrais bien-être ont un passé. Tout un passé vient vivre, par le songe, dans une maison nouvelle. … Dans ces conditions, si l’on nous demandait le bienfait le plus précieux de la maison, nous dirions : la maison abrite la rêverie, la maison protège le rêveur, la maison nous permet de rêver en paix. … La maison dans la vie de l’homme, évince des contingences, elle multiplie ses conseils de continuité. Sans elle, l’homme serait un être dispersé. Elle maintient l’homme à travers les orages du ciel et les orages de la vie. Elle est corps et âme. Elle est le premier monde de l’être humain. Avant d’être «jeté au monde », comme le professent les métaphysiques rapides, l’homme est déposé dans le berceau de la maison.   
Chapitre 1 La maison de la cave au grenier,  le sens de la hutte

Sometimes the house of the future is better built, lighter and larger than all the houses of the past, so that the image of the dream house is opposed to that of the childhood home…. Maybe it is a good thing for us to keep a few dreams of a house that we shall live in later, always later, so much later, in fact, that we shall not have time to achieve it. For a house that was final, one that stood in symmetrical relation to the house we were born in, would lead to thoughts—serious, sad thoughts—and not to dreams. It is better to live in a state of impermanence than in one of finality.
Chapter 2 House and Universe